Emmanuel Carrère, Yoga et douleur

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(par Elisabetta Stefanelli) – ROME, 17 AOT – EMMANUEL CARRE’RE, YOGA (Bompiani, page 312, 20,00 euros). Le plus vrai, le plus faux, le plus autobiographique, le plus littéraire, voire métalittéraire, des livres d’Emmanuel Carrère. Ce Yoga est un coup de poing dans le ventre des lecteurs, les plus fidèles qui considèrent aussi sa liste de courses incontournable, ceux qui critiquent son style toujours suspendu entre biographie, essai et récit et qui marque l’originalité de ce qui est indéniablement l’un des plus auteurs importants de nos années brisées. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste (je me suis sans doute inscrit sur la liste des premiers), force est de constater que l’auteur français n’est pas capable de provoquer de grandes réactions et dans ce nouvel essai il l’a fait comme jamais auparavant.

Je dois dire (vous me pardonnerez la notation très personnelle) que je n’ai été confronté à la lecture de ce livre qu’après plusieurs mois car, contrairement à ce que je fais habituellement – je ne lis jamais les critiques des livres que je veux écrire – avant de le lire j’ai été frappé par le bordées de la controverse qui a accompagné sa sortie. Non seulement la brouille initiale avec l’ex-femme pour des détails personnels mais ensuite les nombreuses ardoises par signatures que j’apprécie et respecte. J’ai, dis-je tout de suite, trouvé que c’était un beau livre, pas du tout fragmenté et confus, inachevé et rafistolé comme beaucoup l’ont défini, mais tragiquement contemporain comme Carrère sait l’être.

Miroir d’une époque qui sans surprise a surpris tout le monde même avec une pandémie, dans laquelle nos vies sont quotidiennement bouleversées par la tragédie qui nous touche – terrorisme, guerre, crises humanitaires – tout en nous laissant toujours si illusoires à notre bien-être quotidien un fait de superflu qui nous rend malade à l’intérieur. Il est vrai qu’il parle de lui du début à la fin mais le Yoga est tout sauf une autobiographie ou plutôt il est de la manière dont les écrivains transforment des événements personnels en valeurs universelles. Que leurs œuvres soient autobiographiques de manière avouée ou non. Il le déclare au début, sans prétention, dans la longue réflexion sur l’écriture que contient le texte, que le sien est ”écrire tout ce qui nous passe par la tête ‘sans le déformer”’ ce qui reviendrait à ”examiner notre souffle sans le modifier ”. Carrère soutient ”quand je pense à la littérature, au genre de littérature que je fais, je suis fermement convaincu d’une seule chose : c’est le lieu où l’on ne ment pas.

C’est un impératif absolu, tout le reste est secondaire, et je pense avoir adhéré à cet impératif ”. Le fait est qu’en essayant de s’abstraire des tourments de son âme à travers un cours de méditation Yoga, et de l’idée initiale d’écrire un livre à ce sujet, c’est la réalité qui l’emmène loin, où elle veut. Et cette fois ce n’est pas un mais plusieurs tsunamis pour l’entraîner dans l’histoire, le massacre de Charlie Hebdo puis des adolescents migrants de Leros, et surtout sa dramatique crise existentielle du milieu. Finalement, on découvrira que ce qui semble le plus vrai est en réalité complètement faux mais c’est le pouvoir de la littérature et Emmanuel Carrère le sait. .

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